Marc Atlan

Marc Atlan n’est pas de ceux qui se reposent sur leurs acquis. Né à Paris en 1967 cet Européen de cœur et Américain d’adoption a su imposer sa griffe auprès des plus grands, Comme des Garçons, Tom Ford, Maison Martin Margiela pour ne citer qu’eux. Directeur artistique, mais aussi photographe et designer, il vient de lancer son premier parfum intitulé « Petite Mort » un clin d’œil olfactif au désir des femmes. Il nous ouvre le temps d’un après-midi les portes de son loft avec vue imprenable sur la Cité des Anges.

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Peux tu nous décrire qui tu es et ce que tu fais ?

Cela fait 21 ans que je gagne ma vie comme graphiste et directeur artistique. Lors de mes études de design industriel à Paris, j’ai décroché mon premier job en tant que maquettiste dans un bureau de consulting dans la mode. C’était en 1989. Même si à l’époque je n’en avais pas conscience, je crois aujourd’hui que ce choix a beaucoup influencé mes décisions futures, en tout cas le chemin que j’ai choisi. J’ai été diplômé en design graphique en 1990.

Ensuite j’ai travaillé pendant un an dans une agence de publicité, afin de mieux comprendre cet aspect du business. Certes il me fallait un job pour pouvoir vivre, mais je me suis vite rendu compte, que ce n’était pas dans cet environnement que j’allais m’épanouir. Je voulais confirmer cette impression avec une expérience que je qualifierai de masochiste. J’ai abandonné cette idée d’auto-flagellation et j’ai commencé à travailler en freelance. C’était un peu avant la naissance de mon fils en 1992. Mes premiers clients étaient des institutions culturelles et des marques de luxe, une dichotomie qui me convenait parfaitement. Je réussissais à trouver un équilibre entre les milieux artistiques et commerciaux, qui sont, au final, pas si différents.

Ma véritable découverte artistique a eu lieu en 1993 lorsque j’ai commencé à travailler avec Comme des Garçons. La collaboration a duré six ans. J’ai désigné pour eux une quantité impressionante de packagings de parfum et les ai aidés à établir un vocabulaire graphique qui correspondait à leur côté visionnaire. Ce fut l’une des périodes les plus enrichissantes de ma carrière.

En 1999, j’ai quitté Paris pour m’installer à Los Angeles. J’ai installé mon studio dans un vieux bungalow de plage à cinq minutes de l’Océan à Venice Beach. Je vivais littéralement sur une île près de la mer. Trois mois après mon déménagement, le vienno-new yorkais Helmut Lang m’a contacté pour me proposer un job comme directeur artistique de son premier parfum. Quelques années après, en 2001, mon portfolio est arrivé entre les mains de Tom Ford, après que la maison Yves Saint Laurent ait été intégrée au groupe Gucci. Tom était à la recherche d’un directeur artistique pour YSL avec une sensibilité franco-américaine et une expérience significative dans la beauté. Ce fut l’un des plus importants contrats de ma carrière dans tous les sens du terme. J’avais d’immenses responsabilités, un salaire plus qu’élevé et une masse de travail colossale. Durant cette collaboration, j’ai réalisé plus de 40 visuels publicitaires et crée plus de 300 packagings. Tom Ford était un formidable mélange de créateur, homme d’affaires et diplomate. Il n’ignorait pas le passé, le transformait seulement. Je devais le surprendre en permanence avec de nouvelles idées. Il ne voulait pas s’ennuyer !

Depuis 2003, une clientèle plutôt hétéroclite a été convaincue par mon travail. Tout ce qu’elle a commun est ce côté extrême : extrêmement grand, ambitieux, talentueux, riche. Parfois même tout ça en même temps.

Aujourd’hui je dirige un studio de design et direction artistique spécialisé dans la beauté, la mode, le luxe et la culture.

Depuis quand habites tu à Los Angeles ?

Mon premier voyage remonte à 20 ans. J’ai immédiatement eu une relation amour-haine avec la ville, une attraction étrange comme lorsque tes parents t’interdisent de faire quelque chose de dangereux, mais que tu sais que tu dois le faire. Entre 1991 et 1999 j’ai fait 16 allers-retours entre Paris et Los Angeles. En juin 1999 je m’y suis définitivement installé. En 2005 j’ai franchi le cap et suis devenu américain. Cela fait exactement 12 ans maintenant et je me demande encore tous les jours ce que je fais ici.

Qu’est ce que LA a de spécial que les autres villes n’ont pas ?

C’est pour moi impossible à expliquer. J’aurai très bien pu aussi aller à Hong Kong, Venise ou Las Vegas. Il s’agissait plus de déménager que d’aller à LA. J’avais le sentiment que j’étais arrivé à la fin d’un cycle avec Paris. Tout fonctionnait si bien, peut être trop bien. Je crois que j’avais peur de tomber dans une routine, je voulais de nouveau me mettre en danger. J’avais un besoin pressant de partir pour une nouvelle aventure, de m’imaginer vivre dans un autre pays sans aucun repère. Et recommencer tout à zéro. C’était tout de même dur. Faire les cartons, dire au revoir aux amis, à la famille…

Est-ce que le style de vie européen, français te manque ?

Absolument. Les Etats-Unis n’ont pas d’identité légitime sans l’Europe. J’ai régulièrement besoin d’aller en Europe, pour mon mental mais aussi pour me rendre compte que le raffinement n’est pas simplement un concept. Los Angeles et Paris sont des villes complètement différentes – il y a d’avantage un besoin de raffinement en Europe- mais je ne me rends pas compte de cette différence dans la façon dont je conçois mes missions créatives. Los Angeles n’a pas d’influences sur mon travail. Habiter ici est avant tout un choix personnel. Je peux parfois me sentir légèrement « isolé », mais dans la mesure où mes clients sont internationaux, au final les lieux où j’habite importent peu.

Qu’est ce qu’un bon design pour toi ?

Le sentiment indescriptible que ça n’aurait pas pu exister sous une autre forme. Je crois que je préfère l’idée du design approprié plutôt que celle du bon design.

As-tu le besoin d’être entouré de design pour avoir de l’inspiration ?
En tant que designer, il est préférable de ne pas regarder d’autres designs pour avoir de l’inspiration !

Quelle expérience a éveillé en toi l’envie de devenir designer ?

Pour être honnête, je ne suis pas sûr que devenir designer était dans mes gênes. Mes parents étaient plutôt libéraux avec un goût relativement conservateur. Je ne peux pas affirmer qu’ils m’aient influencé : il n’y avait pas de produits Bang & Olufsen à la maison, ni d’oeuvres d’art contemporain accrochées aux murs ! Mais, ma mère était professeur et elle m’a transmis la valeur du travail. Mon père était entrepreneur, je pense que cela m’a beaucoup influencé.

Peux tu nous décrire ton travail en trois mots ?

Merci pour cette question difficile! Minimal, controversé, élégant.

- Tu préfères les marchés aux puces pour acheter tes meubles ou un magasin ? Pourquoi ?

Il n’y a pas de règles. Nouveaux designs, héritage familial, trouvailles vintage, seconde main poussiéreux : tout m’intéresse à partir du moment où le créateur a une démarche sincère. J’aime l’idée de mélanger un fauteuil français du 17e siècle avec une console Robert Wilson, une peinture de « mauvais goût » avec un tapis marocain ou une pièce de Marc Newson.

- Quelle est ton œuvre préférée dans ton appartement ?

Un installation LED de Jenny Holzer qui s’intitule « White Arno ». Cette phrase désormais connue « I smell you on my skin » est désespérément romantique je trouve. C’est définitivement l’une de ses œuvres les plus émotionnelles. Je l’ai vu pour la première fois à Florence lorsqu’elle l’a créée pour la Biennale « Arte Moda » en 1996, en collaboration avec Helmut Lang. Je participais également à la Biennale pour l’installation de Comme des Garçons. Avant l’ouverture officielle du pavillon d’Helmut et Jenny, j’ai photographié l’installation de Jenny. Ces photos ont ensuite été publiées en 1997 dans mon premier livre de photo intitulé « Expanding images ». Quelques années après, alors que je travaillais pour le lancement du parfum d’Helmut Lang, on m’a proposé de travailler avec Jenny Holzer. Dix ans plus tard, j’ai découvert une édition rare de son œuvre « White Arno », mais ne pouvais pas vraiment me le permettre financièrement. Je l’ai tout de même achetée. Je suis particulièrement attaché à cette pièce car j’ai pu l’apprécier sous différents aspects : en tant que fan, d’abord en tant que photographe pour mon livre, en tant que collaborateur avec l’artiste, puis en tant que propriétaire. Cela peut paraître étrange, mais il y a quelque chose d’inéluctable dans le fait de « posséder » cette œuvre.

- Raconte nous une anecdote sur une œuvre qui t’a été offerte.

David Shrigley m’a peint pour une exposition sur le thème de portraits croisés d’artistes et m’a ensuite fait parvenir l’original. Ce geste m’a beaucoup ému, autant que l’œuvre elle-même

- Où est ce que tu travailles sur tes projets ?

J’ai toujours travaillé chez moi jusqu’à récemment. J’ai ressenti le besoin d’une stricte séparation entre mon « travail » et ma « vie ». Je travaille désormais dans un studio séparé, que je considère néanmoins aussi comme chez moi.

-Pour qui aimerais-tu travailler ?

Je suis pleinement satisfait de mes collaborations actuelles. J’ai le sentiment d’être arrivé à un stade où j’ai pu faire mes preuves dans des domaines différents. Cette confiance m’aide à être plus calme, je n’ai plus besoin de partir à la recherche de potentielles « fantaisies ». Mais si je devais mentionner quelqu’un, je dirai Chanel. Cela peut paraître prétentieux, mais je pense que je serai à la hauteur

-Quels sont les designers ou architectes actuels qui te touchent particulièrement ?

L’exubérance du travail d’ Andrea Branzi et l’élégance sobre la retenue du travail d’Andree Putman, son élégance me réconforte.

Quels sont tes projets à venir ?

Des voyages en Europe.
De nouveaux designs de bouteilles de parfum
Des nouvelles collaborations avec des artistes pour le lancement récent de mon premier parfum intitulé « petite mort ».
Début 2012 un projet d’envergure pour H&M mais chut, c’est une surprise..

Quelles sont tes découvertes musicales de 2011 ?

#1: Dr Dre, « I Need a Doctor » (feat. Eminem and Skylar Grey)
#2: Rihanna, « Love The Way You Lie » (Piano Version)
#3: Britney Spears, « Till The World Ends ».
J’ai hâte d’écouter le nouveau Sébastien Tellier aussi.

- Film?

2011 est loin d’être terminé, donc me repenchant sur 2010, c’est sans aucune hésitation le chef d’œuvre controversé « Soudain le vide » de Gaspard Noé.

Tu ne peux pas vivre sans..

Projets. Il me faut toujours un nouveau projet.

Comment tu te relaxes ?

Je suis un drogué du travail, je ne connais pas le mot repos. J’aime travailler, j’en ai besoin.

Quel est ton dernier achat littéraire ?

Un livre d’Ed Ruscha avec des pages blanches.

Ton spot pour déjeuner/dîner à Los Angeles ?

J’allais régulièrement au Bastide, sur Melrose Place, mais le propriétaire, Joe Pytka, l’un des réalisateur de publicité les plus influents au monde a malheureusement dû fermer.

Un conseil de survie pour voyager ?

Le CBD est un neurotransmetteur non psychoactif qui a des effets merveilleux sur la douleur et l’anxiété.

La chose la plus drôle que tu aies jamais entendu sur les Français qui vivent aux USA/ sur les Américains qui vivent en France.

Le cliché le plus répandu sur les Français qui vivent aux USA est qu’ils sont venus ici pour « réussir ». On les voit comme des expatriés, souvent célibataires et toujours assoiffés de pouvoir. Peu importe ce que tu aies fait avant ou que tu aies réussi ailleurs ! En même temps, je pense que beaucoup de choses changent en toi lorsque tu vis à l’étranger. Lorsque je suis en France, il m’arrive parfois qu’on me prenne pour un Américain ! C’est étrange, cela a peut être avoir avec un langage corporel ou une propension à sourire d’avantage que les Français. Je prends cela comme un compliment, et toujours avec le sourire.

Photographie et Realisation: Fette Sans
Interview: FvF
Traduction: Chloé Stückelschweiger