David, comment es-tu arrivé à Paris?
Toute ma famille est francophile, ma mère est professeur de français, j’ai passé la plupart des vacances en France et j’étais déjà à Paris de nombreuses fois. Quand je suis arrivé ici, tout me semblait familier.
Comment s’est passé ton arrivée? Est-ce que tu avais beaucoup d’affaires?
Je suis arrivé en Juin, c’était super, Paris l’été. Evidemment, il a été compliqué de trouver un appartement, alors pendant 6 mois, j’alternais entre des amis qui m’hébergeaient, et des sous-locations, je changeais régulièrement. Cette situation ne me gênait pas, j’étais juste heureux d’être là. Au début, je suis arrivé avec deux sacs. C’est incroyable de voir à quelle vitesse on accumule les choses, des draps, serviettes, des magazines, des nouveaux vêtements, etc… A chaque fois que je déménageais, je devais prendre un grand taxi pour y faire rentrer toutes mes affaires. C’était marrant!
Mais combien de fois as-tu déménagé depuis que tu es arrivé en 2009?
Au moins dix fois, je crois ! Je n’ai pas compté mais parfois en me baladant, je suis surpris de me souvenir d’endroits où j’ai vécu.
Avec qui partages-tu l’appartement?
J’ai de la chance de vivre avec des amis. Ce sont des personnes incroyables qui évoluent dans le monde de l’art, de la mode, de la photographie. Je ne voudrais pas vraiment vivre seul.
Qu’est-ce que tu préfères dans cet appartement?
Sans hésitation, la vue sur le parc des Buttes de Chaumont. Ici, il y a vraiment de l’espace, on ne se sent pas oppressé par la ville. Le parc est au sommet d’une colline, c’est un refuge avec une atmosphère différente du reste de la ville.
Comment le décrirais-tu?
C’est un appartement typique du style parisien, un certain chic. Il dégage de bonnes vibrations, avec cette sensation, dès qu’on y entre, de s’y sentir à l’aise. Certaines parties sont en mauvais état, comme le sol, mais c’est ce qui fait son charme. La plupart du mobilier et des lampes viennent de marchés aux puces. J’adore toutes ces vieilles choses, je ne pourrais plus imaginer acheter des meubles chez IKEA.
Comment en es-tu venu à la photographie?
J’ai toujours aimé créer et fabriquer des choses, que ce soit une cabane dans les arbres ou un arc et des flèches avec le bois du jardin. Un peu plus tard, j’ai bidouillé pas mal d’électronique et à partir de 13 ans je me suis plongé dans le graphisme. Ça m’a occupé pendant mon adolescence, je concevais le journal de l’école, le livre de fin d’année (yearbook), j’ai même pu en gagner de l’argent. Je m’étais initialement inscrit en graphisme à l’université, mais je n’ai pas été accepté. J’étais tout d’abord était énervé puis j’ai remarqué qu’une grande partie de mon book était composé de photos et non de dessins. J’ai réalisé que ce qui me plaisait le plus et ce pour quoi j’étais plus doué, était en fait la photographie et non le graphisme. Je me suis ensuite inscrit en photographie à l’université de Munich, où j’ai été directement accepté.
A quoi cela ressemble d’être photographe à Paris, il y en a tellement …?
Est-ce qu’il y en a vraiment tant que ça ? Je croyais qu’ils étaient tous à New York ces derniers temps…
Aujourd’hui toute personne ayant un appareil photo peut se dire photographe et est en effet photographe. La majeure différence réside dans la qualité des images produites. Avec le passage au numérique, il est devenu très simple et accessible de produire des images d’un niveau professionnel. Les connaissances technologiques et l’équipement qui distinguaient le professionnel d’un amateur à l’époque de l’analogique et des pellicules, tout ça ne compte plus aujourd’hui. De fait, il n’y a pas de nombreux photographes professionnels qui n’ont même pas un appareil numérique digne de ce nom. Pour prendre des photos, il s’agit surtout d’avoir l’œil. C’est un mélange de talent, d’expérience et de culture. Puisqu’il y a de si nombreux paramètres à prendre en compte, je crois que si l’on produit des images de qualité, il est possible de trouver sa place, voire une niche.
Toi, quelle est ta niche?
Ah! Là tu m’as eu ! Je suis assez proche de la photographie de portrait en noir et blanc. J’ai toujours admiré Newton, Avedon, Lindbergh… Tous ces photographes qui sont aussi bien connus pour leur travail de portrait que leurs photos de mode. Ils portaient un réel intérêt aux gens et à leur histoire. Je me reconnais là-dedans, la mode oui, mais avec une approche centrée sur l’humain. On peut probablement retirer la mode de mes photos, en laissant les sujets nus, elles fonctionneront toujours en tant qu’images. Ce que j’essaie de dire est que j’aime la mode en général et la créativité qui s’en dégage, mais je suis moins adepte du cirque qui va avec.
En parallèle de la photographie, il y a une autre passion dans ta vie, la musique. Dis-nous en plus!
J’ai toujours adoré écouter de la musique, je peux en écouter toute la journée. À 6 ans, quand je suis entré à l’école, mes parents m’ont fait commencer la musique. J’ai tout d’abord joué de la guitare pendant cinq ans, puis de la batterie pendant 10 ans. Bien sûr quand tu es un enfant tu penses à des milliers de choses plus intéressantes que de jouer d’un instrument. Aujourd’hui je suis heureux qu’ils m’aient encouragé et poussé. L’approche de la musique est différente quand on joue soi-même d’un instrument.
Quels sont tes groupes favoris?
Si l’on en croit mon iTunes, c’est The Smiths. Toutes les chansons dans la catégorie « morceaux les plus écoutés » sont des Smiths, à l’exception d’un morceau de Joy Division et d’un autre de LCD Soundsystem. J’écoute de tout, de Chopin à Hank Mobley, Al Green, LCD, Fleetwood, etc. Je n’écoute pas vraiment un genre de musique. Récemment, j’ai principalement acheté des disques de deep house, j’adore les trucs oldschool. Le label TSUBA fait partie de mes favoris, ils ont des bonnes sorties en ce moment!
Quand remarques-tu une différence culturelle, en tant qu’allemand à Paris?
Je ne me suis jamais senti autant allemand que depuis que je vis ici. Être allemand et vivre en France est agréable, les français réagissent souvent de manière positive. Les allemands ont une réputation de personnes honnêtes, de confiance, mais sans sens de l’humour ni élégance. On nous croit froids, une opportunité pour moi de démontrer le contraire! (rires)
Qu’est-ce que tu aimes à Paris, en dehors de profiter de la réputation qu’on les allemands?
C’est tout simplement la plus belle des villes. Tout y est inspirant. La lumière est incroyable, tout comme la nourriture, ce qui est important pour moi. Le maire de Paris supporte plein d’initiatives écologiques comme Vélib’ et maintenant Autolib’. J’ai l’impression que Paris est en train de se renouveler pour devenir une ville très moderne. Et il le faut ! Les jeunes parisiens adorent Berlin et ils en ramènent des concepts qu’ils commencent à développer ici. Ça va être très intéressant de suivre l’évolution de ces prochaines années.
J’adore passer du temps dans le coin de la rue de Bretagne, dans le Marais, avec le marché des enfants rouge, Nanashi, Rose Bakery et la librairie Ofr. Et évidemment, le canal Saint Martin, en été le meilleur endroit pour un pique-nique.
Pour prendre des photos, je préfère les quartiers comme le 18e; 19e et 20e, un peu plus proches de la réalité, très contrastés par rapport aux beaux quartiers. Je passe souvent en vélo au hasard de ces quartiers et en banlieue. Certains parisiens me prennent pour un dingue, car ils n’y voient rien d’intéressant (rires). Pour moi, c’est une version plus vraie de la ville, très différente des images de cartes postales.
Merci, David!
Interview & Photographie: Natalie Weiss
Traduction: Léa Munsch
Texte: Sarah Weinknecht