Jeremy Maxwell Wintrebert

Aux portes de Paris, Jeremy vient à notre rencontre à l’entrée de son immeuble avec son lunch à la main. Nous parlons de sa découverte du verre et de son apprentissage des techniques de verre soufflé, directement dans les ateliers. Il vous regarde droit dans les yeux, quand il parle de son envie de faire bouger la situation du verre en France. On sent que son discours est affuté, rompu à l’exercice des médias.

Mais lorsqu’on arrive à l’emmener vers un échange plutôt qu’un ping-pong, il reste encore compliqué de faire la part entre le souffleur de verre et l’homme, tellement sa vie est dédiée à sa passion, son métier. Sur la table basse est posée une pièce impressionnante, volumineuse pour du verre soufflé. De nombreuses restrictions apparaissent lorsqu’on envisage des pièces volumineuses, peu importe, il a son équipe et sa détermination. Regardez l’histoire et la réalisation de cette pièce en fin d’interview.

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Qui es-tu et d’où viens-tu?
Je suis né à Paris, j’ai grandi en Afrique, pendant 13 ans. J’ai vécu avec mes parents en Côte d’Ivoire, au Gabon, et au Cameroun. Nous vivions entre la ville et les plantations, car mon père était dans l’industrie du fruit. Ma mère était américaine et mon père français. Tous deux étaient passionnés d’artisanat et collectionneurs. De par leur passion, j’ai grandi dans un univers d’artisans et de création. Ils nous emmenaient sur les marchés et nous rencontrions les artisans locaux, dans chaque ville où nous posions nos valises. Enfant, il m’arrivait de travailler sur les marchés locaux avec des céramistes notamment.

Entre 13 et 14 ans, j’ai perdu mes deux parents, l’un après l’autre. Ma tante qui habitait à Paris m’a adopté. Je suis venu en France et j’ai continué ma scolarité dans un lycée parisien, avec des jeunes habillés différemment, des codes et une hiérarchie sociale complètement différents de ce que je connaissais. Et surtout, ils portaient tous des chaussures, moi j’avais grandi sans chaussures. À 18 ans, j’ai eu le bac, ce qui m’a permis de me libérer de cette éducation à laquelle je n’adhérais pas. Je suis parti aux les États unis, pour explorer le territoire et c’est à Seattle que j’ai atterri en premier. J’ai vécu de plusieurs petits jobs, dont mon premier était à l’aéroport de Seattle ! J’y suis resté un an, entrecoupé d’allers – retours en Californie. J’ai grandi en faisant énormément d’activités artistiques avec mes parents, je ne me suis jamais posé de questions sur ce que je j’allais faire dans la vie. Je savais que j’allais m’exprimer avec mes mains.

Quand as-tu découvert le verre? Comment s’est passée cette rencontre?
Alors que j’explorais les États-Unis, un jour je suis entré dans un atelier de verre, j’y ai vu le verre chaud, ce qu’on appelle un « cueillage ». Je suis simplement tombé amoureux. Je ne sais pas ce que c’est de tomber amoureux d’une femme, mais tomber amoureux d’une matière, je l’ai su à ce moment. À partir de ce moment, le verre est devenu un guide, un vecteur dans ma vie. Il m’a amené à voyager encore plus loin mais c’est aussi une lumière dans ma vie. Peu de temps après avoir découvert cette matière, j’ai eu un grave accident de voiture lors duquel je suis passé à travers le pare- brise.

J’avais de lourds traumatismes, dont j’ai réchappé de peu. Cet accident m’a contraint à rester au lit pour une longue convalescence. Ce fût une période de solitude. Pendant que je me remettais, je suis vraiment devenu obsédé par le verre. Dès que j’ai pu recommencer à marcher avec une canne, j’ai foncé en Californie, à San Francisco exactement, où il y avait de nombreux verriers. En sachant que je n’avais pas d’expérience, que j’avais uniquement vu le verre, j’ai rencontré Jaime Guerrero, un américain d’origine mexicaine, qui était en train de reprendre un atelier à Alameda. J’ai commencé à apprendre et à travailler le verre avec lui. Puis petit à petit avec d’autres artisans.

Tu as donc appris en faisant. Où et comment as-tu ensuite continué ton apprentissage?
Après 2 ans passé à San Francisco, un contact à l’université de Jacksonville, en Floride, m’a permis d’y obtenir une résidence d’artiste d’un an. C’était les débuts des séries « Mama Africa ». Pendant cette année, j’ai rencontré de nombreux verriers qui passaient à l’atelier de l’université. Des mecs que j’allais voir dans leurs villes par la suite.

Puis j’ai fait un saut en Italie à Murano, dans l’atelier de Davide Salvadore. Je l’avais rencontré une fois en Californie et sur ce coup, je l’ai joué au culot. Avec un sac à dos, j’allais chez lui tous les jours jusqu’à ce qu’il me prenne pour travailler avec lui. Un jour il a dit « oui ». Ensuite, retour aux Etats-Unis, j’avais décroché un job à Miami. Un millionnaire qui venait de découvrir le verre soufflé voulait ouvrir son propre atelier. Le plan très à l’américaine, le mec était un peu déjanté aussi. J’ai conçu du mobilier d’atelier et des pièces délirantes pour lui, notamment un escalier en verre. Au bout d’un an, l’expérience commençait à toucher à sa fin.

Pour rebondir, j’ai cherché ma prochaine destination, en tapant « verre France » sur Google et je n’ai rien trouvé! Mis à part les maisons traditionnelles et historiques, comme Baccarat ou Lalique, il n’y avait rien. J’ai senti qu’il y avait quelque chose à faire en France, tout à faire. Il n’y a jamais vraiment eu de marché de souffleur à main levée, ma spécialité. Tout ce que je fais est à main levée, il n’y a ni moules, ni outils. C’est le travail de la gravité, de gestes conjugués de mon équipe et d’une cuisson au four.

Donc j’ai pris cela comme une opportunité et suis rentré en France, chez moi. Mais en arrivant, je me suis rendu compte que la réalité était toute autre. Puisqu’ il n’y avait pas de marché, il n’y avait pas d’infrastructures, pas d’endroits où se procurer les couleurs ni les outils, il n’y a pas de studios, rien. En plus, j’arrivais avec zéro budget. J’ai fait pleins de petits jobs, barman, déménageur, livreur de bière, construction de plateaux de télévision, peu importe le job je le faisais et mettais un maximum d’argent de côté. Après un an en France, j’ai appris qu’un atelier nommé « la compagnie des verriers », ré-ouvrait près de Nancy, à Vannes-le-Châtel. Illico, j’y ai foncé. J’ai rencontré des assistants dont Antoine Brodin, qui travaille avec moi depuis. Dès lors, j’ai pu produire à nouveau, en cherchant mes couleurs à Londres et mes outils à Murano.

Quel objectif avais tu en tête avec les pièces que tu produisais à ce moment?
Très vite j’ai réalisé qu’il était dur de rentrer en galerie. Comme il n’y avait pas de marché, elles ne voulaient même pas me recevoir. Pendant des mois, j’ai également démarché des magasins de design, qui n’étaient pas intéressés car j’étais plus proche de la sculpture.

Je contactais régulièrement la boutique Maxalto, rue du Bac. Un jour je leur ai proposé des pièces aux formes intéressantes mais sans couleurs, transparentes. Ils ont laissé échapper un « bonne idée », que j’ai pris comme un « oui ». J’ai produit sept pièces que je leur présentais deux semaines plus tard. Ils ont adoré et les ont mis dans toutes leurs vitrines. C’est comme ça que ça a démarré. J’étais exposé rue du Bac et tout le monde se demandait, qui est ce Jeremy Wintrebert, le souffleur de verre.

Dans ma carrière, il y a une femme très importante, Marianne Guedin, qui travaille beaucoup le verre. Elle m’a permis de mettre un pied dans le monde du design. Tout à coup, j’étais sélectionné pour « talents à la carte » au salon Maison&Objet, en 2009. J’avais un stand et pendant cinq jours, j’ai énormément appris sur ce que les acheteurs recherchent, les prix, le fonctionnement des galeries. Des galeries de Londres et d’Amsterdam m’ont repéré, mais également la Gallery Bensimon de Paris. Depuis, ils me représentent et m’aident dans ma communication et le développement de mes projets.

Comment définis-tu ton approche entre artiste, artisan, designer? En France, il n’est pas rare de vouloir étiqueter les gens pour les faire rentrer dans une case.
Les gens n’arrivent pas à me mettre dans une case et je joue énormément là-dessus. Car en fonction du public qui regarde mon travail, ou dépendant de ce que je présente, je suis artiste, artisan, designer. En France, il faut être soit l’un soit l’autre. C’est incroyable, et j’adore. Par exemple, pour ma dernière exposition à la gallery Bensimon, j’ai présenté un travail de design. Ce n’était en fait qu’un voile car les pièces étaient et sont toujours artisanales. La forme et le dessin sont envisagés avec une approche de designer mais la fabrication est artisanale, fait main. Je souffle les pièces, chacune est unique, comme des sculptures.

Dès lors, comment ta galerie parisienne te présente?
Comme souffleur de verre. Le discours s’ajuste selon l’interlocuteur, je pense, que ce soit un journaliste, un collectionneur, un visiteur. Il est intéressant de comparer avec les articles qui ont été écrits sur mon travail, comment les gens me qualifient. 9 fois sur 10 c’est souffleur de verre. Ce que je trouves super.
Les vidéos réalisées avec Jerôme de Gerlache, s’inscrivent dans cette optique de donner une image réaliste d’un souffleur de verre aujourd’hui. Je suis jeune, je suis petit (rires), je suis nomade, sans atelier fixe et tatoué… Je suis un peu éloigné de l’idée qu’on peut se faire du traditionnel souffleur de verre. Et encore une fois, j’en joue. Sur le court terme cela pourrait créer de la confusion mais sur le long terme, je sens l’arrivée d’une tendance favorisant la convergence des métiers, de plus en plus de designer vont mettre la main à la pâte.

Est-ce que tu sens une envie de retour à l’artisanat, au travail avec les mains?
Enormément. En tous cas l’envie se sent beaucoup. Quand j’échange avec des gens sur mon métier, je vois que leurs yeux brillent. Les personnes qui travaillent dans un bureau avec des horaires fixes, se disent « quelle vie ! » Il y a quelques jours, je suis allé rencontrer des jeunes en formation de verrier dans un lycée technique. 60 jeunes entre 15 et 18 ans, passionnés, c’était incroyable! J’ai passé une journée avec eux pour un workshop, c’était une vraie petite armée de verriers. Je leur ai demandé s’ils voulaient voir le verre exister en France et ils étaient ultra motivés. Voir des jeunes qui en veulent et qui demandent juste à bosser, ça m’a rempli.

Quels conseils leur as-tu donné?
Le problème numéro un pour eux et ils le savent, c’est qu’il n’y a pas de travail, à part s’ils s’exportent. Mais moi je n’ai pas envie qu’ils partent à l’étranger, c’est en France qu’il faut construire quelque chose. J’ai été honnête avec eux en leur disant qu’il faut être déterminé. Il faut savoir se subventionner, demander de l’argent, savoir parler de soi. Car de plus en plus dans le monde du design et de l’art, amener une histoire avec soi et ses créations, apporte un plus. Ton parcours est une histoire, une belle histoire pour la personne qui investira dans ton travail. Nous devons être déterminés pour créer le marché et c’est nous qui allons le faire avec de beaux objets et du super travail.

Tu veux être proactif pour amener du changement. Quel rôle voudrais-tu jouer?
Mon discours est toujours le même. À ces jeunes, je leur ai proposé de former un gang et de foncer! Je pousse le dialogue sur tous les fronts pour faire bouger les choses, formation, création, exposition… Il faut réussir à lancer le mouvement et montrer sur la scène internationale que la France produit des belles pièces en verre.

Quel est l’objectif du discours que tu tiens au travers de tes actions?
Promouvoir les métiers d’art en France et le travail à la main. En France, les savoirs théoriques sont valorisés au détriment des savoir- faire manuels, souvent relégués au bas de l’échelle scolaire et sociale. C’est un sujet très intéressant sur lequel travailler. J’ai grandi dans différentes cultures qui valorisent ceux qui excellent avec leurs mains, moi-même j’ai toujours admiré ces personnes. Pour moi, cette hiérarchie de considération est hallucinante. Avec mon discours et mes actions, je veux valoriser l’intelligence de la main.

Comment se passent tes collaborations avec des designers qui te contactent pour produire une pièce en verre soufflé?
C’est une très bonne question, qui retient de plus en plus mon attention. Avant je disais beaucoup oui, à ce type de propositions parce que j’avais faim. Aujourd’hui, je ne vais plus travailler avec quelqu’un qui ne s’intéresse pas au verre. J’ai envie de collaborer avec des gens ouverts aux techniques et prêts à les apprécier, après on parlera de la pièce à produire.

C’est un dialogue relativement complexe car demandeur en temps, donc en argent. Il faut prendre le temps de s’intéresser aux techniques. Mais je me vois de plus en plus dire non et devenir de plus en plus extrême dans mon discours. Si ce type de projets permet de faire vivre les artisans verriers, je m’en réjouis, mais personnellement je préfère casser le moule. Les projets de collaboration m’intéressent lorsqu’ils naissent d’une histoire. Récemment une femme m’a contacté pour créer une pièce pour les 50 ans de mariage de ses parents. Je me suis pris au jeu, j’étais heureux que ma création puisse faire partie de leur histoire et représenter leur union.

Comment voudrais-tu voir la situation évoluer?
Mon prochain champ de bataille, c’est de monter un atelier en France. Un lieu d’échange pour former les jeunes, et accueillir des gens de tous horizons. Les portes seront ouvertes, à toutes personnes intéressées. Au fil des ans, j’ai composé une équipe qui me suit. Ce n’est pas rien mais j’ai envie d’avoir 12 assistants! Car à l’image de mon expérience, je pense que c’est en faisant qu’on apprend.

C’est un métier particulier, demandeur physiquement, comment vis-tu et te prépares-tu?
Oui, c’est très demandeur. J’ai un régime particulier, je fais du sport et de la musculation, je ne bois pas, ne fume pas. Après une journée en atelier, qui m’a pris toute mon énergie, je rentre et dors. Les semaines de travail, comme celle à venir à Amsterdam, c’est beaucoup de préparation physique et psychologique car on produit des pièces énormes toute la journée.

Lorsque nous partons en sessions de travail pour plusieurs jours voire semaines, nous avons une assistante qui s’assure de notre bonne santé, de notre alimentation et de notre rythme de vie, c’est comme une équipe de sportifs ! En parallèle de la préparation physique, il faut aussi pouvoir développer des idées.

Comment préserves- tu cet aspect créatif dans ta vie?
Je développe et entretiens ma créativité par la spiritualité. Je médite régulièrement, ce qui me permet de laisser les idées me traverser.

Tu es nomade, toujours entre plusieurs ateliers, à quoi ressemble ta vie entre les sessions de travail?
C’est amusant, les jeunes verriers du lycée techniques m’ont demandé « qu’est-ce que tu fais avec ta vie intime? » (rires). Je n’en ai pas. Je suis un solitaire. Tout ce dont j’ai besoin, c’est un accès wifi (rires encore), mon sac avec quelques habits, ma brosse à dents et mes outils, qui sont toujours prêts pour partir. Entre les sessions de travail et les voyages, c’est du relationnel, de la presse, faire des photos, le site web, parler des projets. C’est une entreprise.

Quand as-tu pris ton dernier jour de libre et qu’as-tu fais?
Je m’aménage du temps libre, plutôt des demi-journées. J’adore l’escalade et le vélo. Ma dernière demi-journée, c’était cette semaine, je suis allé jouer au golf avec des amis, à 14h c’était reparti pour le boulot. La semaine précédente, je suis allé grimper. Avant ça c’était un mois non-stop de travail. Et demain, direction Amsterdam pour une session de travail d’une semaine. J’enchaine ensuite avec l’Allemagne, je suis invité dans une école pour un workshop. Puis je me laisse un peu de temps pour organiser mon déménagement.

Peux-tu nous parler de tes tatouages?
Oui, c’est l’histoire de ma vie. Tout le bras gauche représente l’Afrique et sur l’autre bras, je porte les personnes chères que j’ai perdues. Ici un souvenir de mon ancienne vie de motard. Là-dessous, il y a Jésus « le costaud » qui représente la vie spirituelle que j’avais étant jeune. J’ai été baptisé à 18 ans. Le reste c’est à moi.

Est-ce que tu as un projet pour un prochain tatouage?
Psychologiquement, j’en ai assez d’avoir mal. J’avais une tolérance à la douleur plus élevée avant et je crois que mon stock est épuisé. Entre mes tatouages, les accidents, les quatre mois que je viens de passer à lutter contre un cancer assez violent, j’ai envie d’en finir avec la douleur. Mon corps est rempli de cicatrices de toutes les violences et de mes histoires. Quand mon chien est mort, j’ai décidé que c’était fini, que mon dernier tatouage serait pour lui. Je rigolais toujours en disant que lorsqu’il mourrait, je le mettrai dans mon dos. Je l’ai fait et je savais que c’était le dernier.

Comment décrirais-tu ton appartement ? Y-a-t-il des objets avec une valeur particulière à tes yeux?
J’aime m’entourer de mon travail, des objets qui représentent mon parcours. J’adore aussi être à l’aise, je vis dans un studio mais dans cette pièce il y a deux coins salon, des fauteuils et un lit. Les expériences difficiles que j’ai vécues, m’ont appris à m’occuper de moi et à être relax.

Il y a trois photos de mes parents qui sont accrochées derrière la porte. C’est tout ce qui me reste d’eux. Je ne suis pas matérialiste. J’ai tout perdu plusieurs fois dans ma vie. J’avais des meubles appartenant à mes parents que j’ai gardés des années. Un jour, j’ai compris que ce n’étaient que des meubles et les ai jetés. Les objets ne m’apportent rien. Tout ce dont j’ai besoin je le porte en moi ou sur moi. Je ne peux rien perdre. Ça ne veut pas dire ne pas apprécier le confort! J’ai hâte d’emménager dans ma nouvelle maison, à la campagne, loin de la ville, au calme. Je me sens un peu comme le cowboy solitaire qui au fil de son chemin a perdu son cheval, son chien et qui continue la route à pied. Maintenant, j’ai envie de construire quelque chose, et je sens que cette maison est un bon départ.

Après notre conversation, Jeremy nous emmène à son stock à la périphérie de Paris. Nous arrivons dans l’entrepôt d’une entreprise de location de box de stockage. 14m3 verrouillés avec un cadenas, où se trouvent des pièces à expédier, des cannes et outils, un stock de couleurs. Un box qui reflète son style de vie nomade, toujours sur le départ, avec peu d’affaires et d’attaches. Cette nouvelle maison dont il parle, semble très attendue, lui donnant «l’espace pour créer quelque chose de nouveau.»

Merci Jeremy pour cet après-midi.
Regardez le making-of de “BIG” et allez sur son website pour en savoir plus sur le travail de Jeremy.

Interview: Léa Munsch
Photography: Sarah Skinner