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Linda Bujoli
Photographer, Artist, Apartment, Marais, Paris
Interviews > Linda Bujoli

Au nom de Linda Bujoli, le moteur de recherche répond sans détour : «photographer» Voilà qui a le mérite d’être clair. Mais Linda est bien plus qu’une photographe. Poète, musicienne, mannequin, artiste, elle semble avoir vécu plusieurs vies, et sa curiosité est loin d’être étanchée.

Pour arriver chez Linda, il faut passer plusieurs portes en verre et gravir les marches d’une large cage d’escalier en bois sombre, surplombée par une verrière. Même pour un bel immeuble haussmannien – comme Paris en regorge – cette configuration est inédite. Une fois arrivé dans l’appartement, c’est la photographe qui m’ouvre la porte : Linda s’entretient dans une pièce adjacente avec un sculpteur de son prochain projet artistique, dont elle nous fera la confidence en off.
Le premier contact avec Linda Bujoli n’est donc pas visuel : c’est sa voix qui s’élève de la pièce voisine, puis le claquement de ses ballerines sur le parquet de son salon, où nous l’attendons. En bonne hôtesse, elle nous met tout de suite à l’aise en proposant un thé à la menthe, qu’elle va préparer dans sa cuisine, au milieu des bibelots et de bouts de papier griffonnés.

Chez Linda, tout est une question de lumière. D’abord celles qui peuplent son appartement. Choisies soigneusement au fil des déménagements, elles sont d’acier ou de verre, et projettent des ombres chinoises aux murs. Puis ce sont celles de ses séances photo, pour de grands magazines comme Citizen K ou Harper’s Bazaar, et pour des artistes comme Marianne Faithful ou Air. Ces lumières entourent, soulignent, enveloppent et happent ses personnages. Nous prenons place dans le salon, la photographe grimpe sur un canapé pour prendre des portraits, l’entretien peut commencer.

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Pour commencer l’interview, j’aimerais que tu me décrives un peu la déco de ton appartement.

Déjà, il faut savoir que j’ai fait quatre déménagements. Du coup, les objets que tu vois ici ont pour la plupart traversé plusieurs appartements, plusieurs villes. Chaque objet a une histoire particulière. Je fonctionne au coup de foudre. Et je n’achète que de belles choses. J’adore les lampes, la lumière. Je ne crois pas avoir de style particulier, que je pourrais labéliser. J’aime les respirations dans l’espace, et quand c’est hyper clean. Un miroir, un beau canapé, un fauteuil, une belle lampe, et basta !

Ton nom, Bujoli, ça sonne italien non ?

Non, c’est un nom corse en fait. C’est compliqué : mon père est Corse et Vietnamien, et ma mère est Bretonne. Ils m’ont eu jeunes, alors que ma mère n’avait que 20 ans. Je suis né en Bretagne, à Saint-Brieuc et donc j’ai grandi en bord de mer. Mon père a été absent pendant mon enfance, et je pense que ça a joué un rôle dans ma décision de partir à Paris, vers 17 ans. J’ai été élevée par mes grands-parents principalement, ma mère étant très jeune.

Tu n’as pas revu ton père depuis ?

Si, je revois mon père à l’âge de 14 ans, et je vais avec lui au Laos, pour retrouver mes racines. Pendant ce voyage, j’ai d’ailleurs réalisé un reportage photo pour Citizen K. Quelque temps après, mon père m’a rejetée, et je suis allée à Ventiane. Je ne sais pas vraiment pourquoi, une embrouille de famille. C’est ce qui fait qui je suis en tout cas. Et c’était pas gagné ! Je suis asiatique dans le rapport aux choses, dans la pudeur, la réserve, je suis un peu froide aussi… Non pas froide, ce n’est pas vrai. Mais c’est marrant parce que je me sens Egyptienne. J’aime l’Orient, les contes, le rapport à la femme, la sensualité. Je me sens orientale.

Tu es allée y faire quoi, à Paris ?

J’ai fait 10 ans de mannequinat, ça m’a projetée dans un monde d’adultes. Il y a eu des rencontres fortes, exceptionnelles. Heureusement j’ai évité les mauvaises rencontres, qui existent bien sûr dans ce milieu. Ca doit être lié à ma bonne étoile… Après ces 10 ans, j’étais comme une éponge, je me suis mise à écrire, je voulais même être réalisatrice. Puis j’ai commencé la photo à 26 ans et finalement je ne suis pas devenue réalisatrice. Je voulais avant tout être indépendante, c’est quelque chose qui est en moi.

Si tu devais te résumer en tant que photographe ?

Je suis une autodidacte. Normalement, on suit une formation et on a des référents dont on se sert. Moi je n’ai pas suivi de formation.  J’étais comme un terrain neutre au départ. Je n’étais pas enfermée, j’ai pu trouver ma propre identité plus facilement. La comparaison de mon travail à des référents s’est faite beaucoup plus tard, comme Hans Bellmer par exemple, et ses poupées. Et puis j’ai une soif permanente d’apprendre, une curiosité incessante. J’ai eu l’immense chance de fréquenter des hommes brillants, qui aimaient profondément transmettre, qui étaient bienveillants avec moi. L’apprentissage se fait par des rencontres, qui suscitent en toi le désir.

Tu es tout de suite allée vers la photographie de mode ?

Oui, la transition vers le monde de la mode était naturelle pour moi. De par les relations, les connaissances que j’ai nouées tout au long de mes 10 ans de mannequinat. Mais la mode, c’est un système qui me ramenait vers le passé, qui était sans légèreté. J’ai donc décidé d’arrêter pendant un an mes activités de photographe, et je suis allée vivre avec un musicien à Cologne, en Allemagne.

Et tu as fait quoi pendant cette année de césure ?

Nous avons joué ensemble dans des lieux, je chantais un peu, et je jouais de la guitare aussi.  Et toute cette démarche anime mes photos aujourd’hui encore. Je travaille en résonance avec la musique. A cette époque, j’ai aussi commencé l’écriture de concepts, de poèmes. Par exemple cette phrase, que j’avais écrite pour une collaboration avec le groupe Air, qui me revient : « l’âme traverse le champs dans le monochrome du bleu ». Ce qui me plaisait, par rapport à la photographie de mode, c’était  que mes activités tournaient alors vraiment autour du sens, pas seulement autour de la sublimation du vêtement.



Tu as encore des envies de voyage après tous ces déménagements ?



Le champ est ouvert bien sûr, mais à un moment donné, pour construire, il faut s’arrêter. Je suis partie en retraite à Cologne pour partager la vie d’un homme que j’aimais. J’y ai profité de la nature, de l’anonymat, du silence aussi. Mais c’était une fuite, avant de revenir à Paris. J’aime Paris car il y a tellement de choses culturelles à faire, d’expositions, de concerts, j’aime l’architecture. Même s’il faut se prendre par la main pour faire toutes ces choses. Ce que j’aime moins, c’est la tension que l’on ressent, le bruit. Quand j’ai besoin de calme, je pratique la méditation. Tous les jours en me levant, je pratique une immersion de 20 minutes, je « cut ». La méditation met un champ entre toi et les choses négatives. C’est physiologique. Je me retrouve dans un état de conscience modifiée. Ce n’est pas évident à expliquer, mais ça enlève tes peurs.
Tu es donc devenue inatteignable, il n’y a plus rien qui te révolte ?

Si, la nature humaine. La nature humaine est décevante, complexe. Je suis très exigeante dans mon rapport à l’autre et à moi. je suis très droite, très honnête. Et le plus important : je ne mens pas. J’évite autant que possible les engueulades. Un peu de véhémence parfois, mais ça ne fait plus vraiment partie de moi. 


La lumière aussi a l’air de jouer un rôle important dans ta vie et dans ton travail.

J’adore matérialiser la lumière dans une construction picturale qui m’appartient. Je dessine souvent un univers dans lequel je prends le personnage en photo. Je peux être très directionnelle ou alors je laisse vivre le personnage dans la lumière. Il faut rester ouvert à l’expérimentation, au retour du personnage aussi. Je garde un très bon souvenir de la séance avec Léa Seydoux par exemple : on a beaucoup travaillé sur l’idée du souffle, et elle a joué le jeu complètement. Pour moi, la photographie, c’est avant tout l’écriture de la lumière. 


Comment te sens-tu quand tu penses aux années qui viennent, aux projets à venir ?



Une chose est sûre, je me sens prête. Je veux ouvrir le champ des possibles. Il faut faire, il faut faire. Les gens me connaissent comme photographe. Je crois que c’est Montaigne qui disait : « le plus difficile est de savoir ce que tu veux. » Moi ce que je veux c’est continuer à exposer, vendre, collaborer sur des thèmes. Je travaille actuellement à un projet dont je ne peux pas encore divulguer les détails, mais qui s’intéressera à la femme. Je m’apprête à vivre ma troisième vie, je veux donner à voir ce qui est invisible.

Merci Linda, pour ton accueil chaleureux et ton thé à la menthe.
Vous pouvez retrouver toutes les photos, portraits et collaborations de Linda sur son website. Pour son prochain projet, à vous d’ouvrir l’œil, ça arrive bientôt à Paris…

Photographies : Schéhérazade Abdelilah
Interview : Léon des Lilas