Freunde von Freunden

Nicolas Ouchenir
Calligrapher, Apartment, Office & Neighborhood, 10th Arrondissement & 1st Arrondissement, Paris
Interviews > Nicolas Ouchenir

Nicolas Ouchenir est un passionné. Il y a onze ans, il a su lire les signes et comprendre que la calligraphie faisait partie de sa vie depuis bien longtemps. En passionné, il va jusqu’au bout de ce qu’il entreprend. Il suit un cursus d’école de commerce avec une orientation marché de l’art puis se lance dans le milieu en ouvrant une galerie avec le collectionneur César Pape. Il s’investit ensuite dans la galerie JGM et calligraphie pour la première fois des cartons d’invitation. C’est une période faste en rencontres. Sans crier gare, il s’envole au Brésil pour une durée indéterminée. Il revient à Paris un an plus tard avec une envie de renouveau. Il embrasse ses doutes et décide de se dédier à sa passion en lançant l’atelier de calligraphie Nicolas Ouchenir.

Sa base c’est Paris. Il y a grandi, y vit, y travaille et s’y sent exister. Dans son appartement, il s’entoure d’objets avec des histoires, il n’y pas besoin d’allumer la TV. Ce cocon avec balcon filant, il l’a trouvé d’une manière inattendue, en se glissant dans la file de la visite de l’appartement alors qu’il n’en recherchait pas un. Un acte spontané.

Entre un thé sur le balcon de son appartement, une ballade au Jardin des Tuileries et une session d’écriture à son bureau, il évoque sa relation à la lettre au fil de son parcours d’autodidacte et nous fait partager le monde qu’il s’est construit.

Montblanc et Freunde von Freunden réalisent en collaboration une nouvelle série de portraits d’artistes, documentant un artisanat de qualité et les idées qui sous-tendent leur créations artistiques.

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D’où vient ton lien avec l’écriture?

J’ai découvert qu’il y a toujours eu un fil conducteur avec l’écriture dans ma vie. Mes parents lisent beaucoup et sont entourés de tous types de livres chez eux. J’adore la littérature, les manuscrits, les signatures d’écrivains et je pense que cela vient en partie d’eux. Ils ont tous deux également des écritures manuscrites singulières. Aussi, les Ouchenir, une famille de Bedouins, ont toujours écrit et lu de génération en génération, ce qui est plutôt rare pour des itinérants.

Je suis aussi de nature solitaire. À l’école je ne faisais pas vraiment partie de groupes, je n’aimais pas les sports collectifs. Alors j’ai créé mon univers, j’écrivais. J’ai toujours eu des carnets.

Je pense avoir hérité de ma famille une certaine sensibilité à la chose écrite.

Ce n’est que plus tard que je me suis rendu compte de ces liens et que j’ai pu les formaliser, lorsque je décidais de croire en ma passion et de la développer pour en faire mon métier.

Comment cultives-tu cette sensibilité ? Est-elle liée à ton esthétique?

En y réfléchissant, je pense qu’une partie de mon enfance m’a beaucoup marquée. De la maternelle à la deuxième année d’école primaire, j’ai vécu chez mes grands-parents maternels dans les Pyrénées, à la montagne, pour des raisons de santé. Mes parents devaient rester travailler à Paris et venaient me rendre visite de temps en temps. Mes grands-parents sont gérants d’une station de ski et également propriétaires terriens. Ils ont une grande ferme dans une vallée. Nous vivions dans leur maison en lisière de forêt. Mes cousins habitaient tout près et nous passions beaucoup de temps ensemble. Il n’y avait rien aux alentours, l’école était à une heure et demie de marche. J’y allais avec mon sac à dos en cuir, seul ou avec mes cousins.

Après l’école, nous nous occupions de la ferme, des chevaux et des poules. C’était une vie d’extérieur. Je me retrouvais dans cette nature que j’avais le temps d’observer, les fleurs et l’eau froide des rivières. Cette expérience m’a créé un imaginaire particulier et a beaucoup influencé mon esthétique.

Comment s’est passé ton retour à Paris chez tes parents?

Plutôt bien. Nous habitions à Oberkampf. J’ai toujours adoré ce quartier, son énergie et sa mixité. Mais en revenant à la vie en ville j’ai eu du mal à canaliser mon énergie et je me suis fais virer plusieurs fois de l’école. Ca ne m’a pas empêché de réussir ma scolarité et d’obtenir mon bac.

Tu as ensuite intégré une école de commerce, pourquoi?

Ce n’était pas un vrai choix. Je ne savais pas quoi faire après mon bac. Je ne connaissais alors pas la finance et les autres matières au programme. Le commerce me semblait pouvoir offrir des opportunités. Au final, je me suis spécialisé dans la fiscalité du marché de l’art. J’avais bien compris que j’étais beaucoup plus intéressé par le marché de l’art que par les fusions-acquisitions.

Quels étaient tes projets pour la suite?

La suite de mon parcours repose sur une rencontre, celle de César Pape, grand collectionneur, pendant un séjour à Tanger. De cette rencontre est née une galerie d’art située derrière l’Académie française. J’ai investi toute mon énergie dans le développement de ce lieu. C’était ma première expérience dans le monde de l’art et c ‘est dans ce cadre que j’ai commencé à rencontrer beaucoup de gens du milieu.

J’ai ensuite rencontré et collaboré avec Jean Gabriel Mitterrand propriétaire de la galerie JGM. J’ai appris à aimer les artistes qu’il représentait. Nous avons monté des expositions, la galerie a grandi et a déménagé dans un hôtel particulier. Pour la première exposition dans le nouveau lieu, j’ai eu l’idée d’écrire toutes les invitations à la main. Ce fut un succès avec de très bons retours. La galerie se portait bien mais en parallèle la ville m’étouffait, je sentais que j’avais besoin de changement.

Sans préparations, j’ai tout quitté pour partir au Brésil. J’y suis resté plus d’un an. J’ai appris le portugais et j’ai commencé à faire des rencontres qui m’ont donné des projets là-bas. Lors d’un dîner, j’ai fait la connaissance de Patricia Carta, la directrice du Vogue Brésil. J’ai été assistant de production, puis producteur. J’ai même produit deux albums de rap brésilien ! Au bout d’un an environ, je suis reparti comme j’étais arrivé, sans rien, du jour au lendemain.

De retour à Paris, j’étais dans la dynamique de commencer une nouvelle expérience. J’avais beaucoup de questions et de doutes mais mon besoin d’écrire surpassait tout, alors je me suis installé comme calligraphe. Une semaine plus tard, Pia de Brantes me confiait l’organisation du dîner et de la calligraphie des invitations du gala des American Friends of Versailles. C’était le début de l’atelier Nicolas Ouchenir, il y a 11 ans.

As-tu appris à calligraphier auprès d’un maître?

Je n’ai pas de formation, je suis un autodidacte. J’ai beaucoup formé mon œil en observant le travail des autres, ce qui se faisait, pour trouver ce que je voulais faire. Les techniques et les règles existent et ont un sens pour moi car je les ai découvertes au fur et à mesure par la force des choses, en faisant. Je ne suis pas passé par du copiage. J’ai acquis la construction d’alphabet, la création de signature de marques grâce à des clients fidèles depuis mes débuts. J’ai toujours essayé de pousser les applications de la calligraphie pour aller plus loin.

La calligraphie est une passion qui demande un entrainement quotidien, comme un danseur de ballet. D’où la nécessité du travail sur les cartons d’invitation. C’est un entrainement par la répétition. Calligraphier des centaines de cartons, me permet de chercher des lettres, de faire ressortir des idées que je pourrais utiliser pour d’autres projets. Même si je changeais de métier, la calligraphie resterait un besoin quotidien.

Quel est le rapport au corps et aux sens pendant l’écriture ? Quelle attitude adoptes-tu pour parvenir à mettre sur le papier tes émotions et tes idées?

Récemment, j’ai eu la chance de rencontrer un calligraphe centenaire à Shanghai. Ce qu’on a partagé allait bien au-delà d’un échange de procédés. Je me suis particulièrement intéressé à sa posture, sa relation à l’écriture, sa respiration entre les lettres. C’est elle qui te permet d’imaginer ce que tu vas écrire. Car il n’y a pas de hasard, tu sais à l’avance ce que tu vas faire. Pour coucher les lettres sur le papier, il faut se préparer. J’ai aimé voir sa façon d’accueillir en lui la création qu’il allait faire.

Tous les sens sont développés pendant l’écriture. L’encre a une odeur, la plume glisse sur le papier ou le gratte, les sons varient selon l’instrument, l’oeil suit voire précède la plume. C’est captivant. Le trait, sa densité, l’absorption de l’encre sur le papier, la différence peut être minime entre deux plumes mais c’est cette différence qui va tout changer.

Es-tu attaché à certains outils? Par exemple quelle est l’histoire de ta rencontre avec Montblanc?

Mes premiers clients étaient de grandes familles parisiennes et les bals. Montblanc s’intéressait au savoir-faire parisien, dans le cas présent la calligraphie. C’est ainsi que notre collaboration a commencé. Dernièrement j’étais à New York pour les 90 ans du stylo Meisterstück. J’ai calligraphié les éléments du diner de la soirée, le menu et les cartes de placement de table. À vrai dire, ma première rencontre avec Montblanc remonte à ma communion. J’avais reçu en cadeau mon premier stylo à grosse plume que j’ai toujours. À cet age, le maniement de la plume n’est pas facile et ce stylo me donnait une écriture très ronde. Un autre moment dont je me souviens est d’avoir dessiné un logo Montblanc avec ce stylo, après avoir fait le parcours de la Haute Route avec une superbe vue sur la montagne.

Utilises-tu le stylo Meisterstück pour des besoins spécifiques?

Je l’utilise très souvent pour des besoins particuliers et officiels mais aussi dans des moments personnels, pour écrire et entretenir mes relations épistolaires, notamment avec mes correspondants du collège! La calligraphie est l’art d’écrire des belles lettres mais cette écriture manuscrite est aussi source d’interaction avec la personne pour qui tu écris. Il y a un échange presque intime.

Quelles sont les réactions des personnes pour qui tu calligraphies?

Les réactions sont toujours très positives. Comme je le disais, il y a une intention liée à l’écriture qui rentre dans la sphère de l’intime et touche directement la personne. Il est difficile d’exprimer ses sentiments notamment dans les villes. Les gens ont peur de dire ce qu’ils pensent, de montrer leur vulnérabilité parce qu’ils ne se connaissent pas assez. L’écriture est un facilitateur, mais la lettre manuscrite suppose une plus grande implication contrairement au sms et à l’e-mail.

Comment positionnes-tu ton travail par rapport à la technologie? La calligraphie semblait menacée de disparaître mais on constate dernièrement une re-valorisation de l’intelligence de la main.

Cet art est à jamais moderne. Il est intemporel. La calligraphie se fait plus rare mais ne meurt pas. J’ai l’occasion de beaucoup travailler avec le digital et le web dans mes projets. Je compare les différentes technologies et leur obsolescence à la pérennité de la calligraphie. Chaque technologie s’éteint pour laisser place à la suivante plus performante tandis que la calligraphie se nourrit de chaque évolution.

Quels sont tes projets et où aimerais-tu pouvoir amener ton travail de la calligraphie?

Une maison d’édition new-yorkaise m’a proposé de faire un livre. Cet été, je vais aller m’isoler à New York pour me concentrer uniquement sur ce projet. Ce sera un livre autour de la calligraphie, les rythmes des lettres et des phrases avec le challenge de ne pas uniquement montrer de l’écriture. Je sais déjà qu’il aura un vrai travail sur les papiers, des fragrances pour créer des interactions avec le lecteur, mais aussi des collaborations avec des auteurs et des photographes. Ce projet s’intègre à mon envie d’amener la calligraphie là où on ne l’attend pas forcement et de décloisonner ses usages.

Merci Nicolas pour cette belle journée parisienne en ta compagnie. Pour découvrir le travail de Nicolas rendez-vous sur son site ici.

Photographie: Fred Lahache
Interview & Texte: Léa Munsch