Rebecca Lamarche-Vadel

Réinventer les formats, repousser les limites et donner au public la place qu’il mérite : voilà comment l’on pourrait décrire le travail de Rebecca Lamarche-Vadel, commissaire et critique d’art en vue. Venue à Berlin dans le cadre de ses études, elle se fait très vite une place dans le monde de l’art contemporain local.

En 2011, elle décide de véritablement s’installer dans la métropole, sans savoir que quelques mois plus tard une proposition viendrait changer ses projets : un poste de commissaire d’exposition au Palais de Tokyo à Paris. Son appartement, situé dans le quartier de Mitte est à l’image de Rebecca- éclectique et ouvert. L’art contemporain y côtoie une fresque murale d’avant-guerre qui dialogue avec le mobilier chiné chez des antiquaires et, lors de notre rencontre, les premiers cartons pour Paris. Rencontre avec une jeune femme à l’avenir prometteur.

Freunde von Freunden — Rebecca Lamarche-Vadel — Curator and art  critic, Apartment, Berlin-Mitte — http://www.freundevonfreunden.com/fr/interviews/rebeccalamarche-vadel/Freunde von Freunden — Rebecca Lamarche-Vadel — Curator and art  critic, Apartment, Berlin-Mitte — http://www.freundevonfreunden.com/fr/interviews/rebeccalamarche-vadel/Freunde von Freunden — Rebecca Lamarche-Vadel — Curator and art  critic, Apartment, Berlin-Mitte — http://www.freundevonfreunden.com/fr/interviews/rebeccalamarche-vadel/Freunde von Freunden — Rebecca Lamarche-Vadel — Curator and art  critic, Apartment, Berlin-Mitte — http://www.freundevonfreunden.com/fr/interviews/rebeccalamarche-vadel/Freunde von Freunden — Rebecca Lamarche-Vadel — Curator and art  critic, Apartment, Berlin-Mitte — http://www.freundevonfreunden.com/fr/interviews/rebeccalamarche-vadel/Freunde von Freunden — Rebecca Lamarche-Vadel — Curator and art  critic, Apartment, Berlin-Mitte — http://www.freundevonfreunden.com/fr/interviews/rebeccalamarche-vadel/Freunde von Freunden — Rebecca Lamarche-Vadel — Curator and art  critic, Apartment, Berlin-Mitte — http://www.freundevonfreunden.com/fr/interviews/rebeccalamarche-vadel/Freunde von Freunden — Rebecca Lamarche-Vadel — Curator and art  critic, Apartment, Berlin-Mitte — http://www.freundevonfreunden.com/fr/interviews/rebeccalamarche-vadel/Freunde von Freunden — Rebecca Lamarche-Vadel — Curator and art  critic, Apartment, Berlin-Mitte — http://www.freundevonfreunden.com/fr/interviews/rebeccalamarche-vadel/Freunde von Freunden — Rebecca Lamarche-Vadel — Curator and art  critic, Apartment, Berlin-Mitte — http://www.freundevonfreunden.com/fr/interviews/rebeccalamarche-vadel/Freunde von Freunden — Rebecca Lamarche-Vadel — Curator and art  critic, Apartment, Berlin-Mitte — http://www.freundevonfreunden.com/fr/interviews/rebeccalamarche-vadel/Freunde von Freunden — Rebecca Lamarche-Vadel — Curator and art  critic, Apartment, Berlin-Mitte — http://www.freundevonfreunden.com/fr/interviews/rebeccalamarche-vadel/Freunde von Freunden — Rebecca Lamarche-Vadel — Curator and art  critic, Apartment, Berlin-Mitte — http://www.freundevonfreunden.com/fr/interviews/rebeccalamarche-vadel/Freunde von Freunden — Rebecca Lamarche-Vadel — Curator and art  critic, Apartment, Berlin-Mitte — http://www.freundevonfreunden.com/fr/interviews/rebeccalamarche-vadel/Freunde von Freunden — Rebecca Lamarche-Vadel — Curator and art  critic, Apartment, Berlin-Mitte — http://www.freundevonfreunden.com/fr/interviews/rebeccalamarche-vadel/Freunde von Freunden — Rebecca Lamarche-Vadel — Curator and art  critic, Apartment, Berlin-Mitte — http://www.freundevonfreunden.com/fr/interviews/rebeccalamarche-vadel/Freunde von Freunden — Rebecca Lamarche-Vadel — Curator and art  critic, Apartment, Berlin-Mitte — http://www.freundevonfreunden.com/fr/interviews/rebeccalamarche-vadel/Freunde von Freunden — Rebecca Lamarche-Vadel — Curator and art  critic, Apartment, Berlin-Mitte — http://www.freundevonfreunden.com/fr/interviews/rebeccalamarche-vadel/Freunde von Freunden — Rebecca Lamarche-Vadel — Curator and art  critic, Apartment, Berlin-Mitte — http://www.freundevonfreunden.com/fr/interviews/rebeccalamarche-vadel/Freunde von Freunden — Rebecca Lamarche-Vadel — Curator and art  critic, Apartment, Berlin-Mitte — http://www.freundevonfreunden.com/fr/interviews/rebeccalamarche-vadel/Freunde von Freunden — Rebecca Lamarche-Vadel — Curator and art  critic, Apartment, Berlin-Mitte — http://www.freundevonfreunden.com/fr/interviews/rebeccalamarche-vadel/Freunde von Freunden — Rebecca Lamarche-Vadel — Curator and art  critic, Apartment, Berlin-Mitte — http://www.freundevonfreunden.com/fr/interviews/rebeccalamarche-vadel/Freunde von Freunden — Rebecca Lamarche-Vadel — Curator and art  critic, Apartment, Berlin-Mitte — http://www.freundevonfreunden.com/fr/interviews/rebeccalamarche-vadel/Freunde von Freunden — Rebecca Lamarche-Vadel — Curator and art  critic, Apartment, Berlin-Mitte — http://www.freundevonfreunden.com/fr/interviews/rebeccalamarche-vadel/Freunde von Freunden — Rebecca Lamarche-Vadel — Curator and art  critic, Apartment, Berlin-Mitte — http://www.freundevonfreunden.com/fr/interviews/rebeccalamarche-vadel/

Quel est ton parcours, et qu’est ce qui t’a amené à Berlin en particulier et à l’art en général?
Je suis née en France et ai grandi à Paris. Je suis arrivée en juin 2009 à Berlin pour y écrire mon mémoire d’histoire de l’art. C’était l’occasion pour moi de venir m’installer ici, dans une ville qui m’avait toujours beaucoup attirée et fascinée. Mon parcours n’est pas tout à fait traditionnel, car j’ai d’abord fait des études d’histoire et de sciences politiques à la Sorbonne. A l’époque je voulais sortir de mon milieu, aller voir ailleurs, ma mère étant artiste et mon père critique d’art et collectionneur. Mais l’art a toujours fait partie de moi, et mes vieilles amours m’ont vite rattrapée. A 18 ans j’ai commencé par monter une association avec des amis, Art Effect, dont l’idée était de promouvoir de jeunes artistes à Paris. On n’avait pas d’argent, mais beaucoup de bonne volonté! Faute d’espace, nous avons organisé des happenings et workshops dans les bois, des réunions dans des appartements… Je garde de très bons souvenirs de cette époque « do it yourself », de l’énergie de la jeunesse. Puis j’ai fait un certain nombre de stages, au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, dans des galeries, au Ministère de la Culture, j’ai repris des études en Histoire de l’Art. A Berlin tout s’est passé très vite, et j’ai eu la chance de rencontrer, plutôt par hasard, les différentes personnes qui m’ont fait confiance et demandée d’organiser mes premières expositions ici. A Berlin j’ai trouvé une certaine spontanéité, un environnement très vivant et stimulant, décomplexé.

Parle moi de ton premier projet au Forgotten Bar en avril 2010.
Tjorg Douglas Beer qui avait initié ce lieu et qui est devenu depuis un très bon ami, m’a demandée peu après mon arrivée si je souhaitais organiser une exposition au Forgotten Bar. J’ai tout de suite été enchantée par l’idée. Monter un projet à Berlin, c’est souvent de l’ordre du marathon ou de la course contre la montre ; j’avais alors trois semaines pour monter l’expo, qui a réuni une vingtaine d’artistes. Plutôt que d’écrire un texte théorique, j’ai demandé aux artistes d’écrire un texte sur leur travail, ce qui était une façon de remettre en question le discours sur l’exposition, mais aussi la place du commissaire, et d’ouvrir un espace pour le public, lui donner sa place d’interprétation…

Tu as ensuite fait une exposition dans ce lieu mythique qu’est le Stattbad Wedding en octobre 2010.
Oui, c’était une expérience très intéressante, car le Stattbad est un lieu hors du commun. On m’a demandée de faire une exposition sur le thème du futur. Il s’agissait pour moi de montrer les différentes manières de penser l’avenir, mais surtout de montrer en quoi les propositions des artistes en disaient aussi long sur notre présent, qu’il s’agisse d’optimisme ou de scepticisme vis à vis de ce qui nous attend. Les lieux comme le Stattbad sont des lieux d’exposition qui m’intéressent beaucoup, car ils ne sont pas destinés à accueillir l’art, c’est plutôt à l’art de s’adapter à une architecture, à une histoire. La plupart de mes expositions se sont passées dans des lieux qui n’ont rien à voir avec le white cube; une ancienne cuisine de restaurant à Athènes, devant la piscine d’un hôtel de luxe à Miami, dans une salle de cours de danse à Paris…

Tu as aussi travaillé pour un projet dont on a beaucoup entendu parler l’été dernier, Based in Berlin.
En effet, j’ai fait de très nombreuses visites d’ateliers dans toute la ville, beaucoup discuté avec les artistes de leur travail et aussi de la grande polémique de l’époque, celle de la récupération de l’art par la politique. C’est un sujet très important, surtout à Berlin, et qui doit être débattu. Le concept de cette exposition était de montrer la scène émergente berlinoise, et ce dans des hauts lieux de l’art contemporain comme le Hamburger Bahnhof, la Berlinische Galerie ou encore le KW, le NBK, mais aussi Monbijou Park. Des initiatives, comme l’accès gratuit, ont permis de faire de cette exposition un lieu de vie sociale, grâce aussi aux performances, projections, conférences, et bien sûr, élément fondamental à Berlin, grâce au bar…

A côté de tous ces projets, tu travailles aussi en tant que critique d’art pour différentes revues et catalogues…
Oui, j’ai commencé à écrire pour des revues d’art contemporain il y a trois ans. Ma première collaboration a été avec la revue française « Particules », pour qui j’ai été une correspondante en Allemagne. Je fais également partie du Collège critique du Salon de Montrouge, un salon d’art contemporain français dédié aux jeunes artistes émergents. Ce sont certainement les textes que je préfère écrire, ceux où j’ai le sentiment de prendre mes responsabilités en tant que critique d’art. Plus récemment, j’ai été contactée par le magazine allemand Monopol pour lequel j’ai écrit un article sur la jeune artiste Berlinoise Anne Neukamp. Il est important pour moi de rencontrer longuement les artistes avec lesquels je travaille. J’essaye de comprendre leur démarche mais aussi d’amener mon regard, ma sensibilité. Je garde un œil subjectif tout en essayant d’offrir aux lecteurs une manière d’appréhender le travail de l’artiste.

Tu vas commencer à travailler au Palais de Tokyo en janvier prochain en tant que commissaire d’expositions…
Oui, je suis en contact depuis quelques années avec le nouveau directeur du Palais de Tokyo, Jean de Loisy. Il y a quelques temps, il m’a proposée un poste de commissaire. Je suis ravie par sa proposition, c’est un lieu maintenant historique pour la scène d’art contemporain, ouvert à des formats d’exposition suprenants, à des collaborations insolites. Je vais continuer d’aller à la découverte de jeunes talents, une activité qui me passionne et pour laquelle j’investis du temps et de l’énergie depuis plusieurs années.

Parle moi de ton appartement, quelles ont été tes inspirations?
Mon appartement est un mélange de vieilles références, de classiques et de choses beaucoup plus triviales. Le mélange des genres m’intéresse, c’est pour moi une des façon d’appréhender l’esthétique de notre temps.

Tu as beaucoup d’œuvres intéressantes…
Oui, j’essaye autant que je le peux de soutenir les jeunes artistes en leur achetant des œuvres. Je travaille dans l’art, mais c’est aussi une de mes plus grandes passions. J’aime être entourée d’objets d’art. Certaines pièces m’ont aussi été offertes, comme ce dessin de Daniel Otero Torres. J’aime faire dialoguer des œuvres contemporaines avec des pièces de l’art moderne.

Tu es partie récemment pendant un mois faire le tour des capitales européennes… quel était le but de ces voyages ?
J’avais envie depuis longtemps d’aller voir ce qui se passait dans d’autres villes européennes, la scène artistique locale. J’ai surtout rencontré des galeristes et des artistes. J’avais sélectionné des villes qui me fascinaient sans que je n’y sois jamais allée –ou alors très rapidement – et qui, surtout, pour des raisons différentes, sont à un moment important de leur histoire. Je suis donc partie seule à Bruxelles, Athènes, Istanbul et Varsovie. D’autres villes m’intéressaient aussi comme Prague ou Vienne, mais faute de temps, j’ai dû remettre cela à plus tard.

On voit beaucoup ces derniers temps des collaborations entre marques de mode et artistes comme Takashi Murakami et Louis Vuitton ou Dior et Anselm Reyle. Quel est ton sentiment par rapport à cela?
Cela ne m’intéresse pas. Cette idée de voir l’art comme un produit n’est pas ma façon de concevoir l’art, cela ne me touche pas. Que les grandes maisons de couture s’intéressent à l’art, je trouve ça très bien. Mais j’estime qu’elles pourraient, comme à l’image de la Fondation Cartier par exemple, soutenir financièrement et activement l’art contemporain.

Peut-on établir un rapport entre la mode et l’art ?
En effet, ce sont deux univers très proches, qui peuvent d’une manière ou d’une autre se compléter. Les grands créateurs sont aussi des visionnaires qui essayent de créer quelque chose de nouveau, qui pourrait choquer ou en tout cas perturber. Et, à la manière des artistes, ils transforment et travaillent la matière, la couleur, la forme. Je pense notamment à Hussein Chalayan, ses créations sont incroyables, de véritables œuvres d’art.

Si tu devais me citer un bar, une boutique, un marché aux puces et une librairie à Berlin…
Pour le bar, je citerais le bar 3. C’est un lieu où l’on fait des rencontres passionnantes. Mais j’ai aussi passé de très bons moments au King Size, dans des rades à Neukölln, aux soirées Arm & Sexy… En ce qui concerne les boutiques, j’ai fait peu d’infidélités à Paris où je retournais souvent, mais Andreas Murkudis est une belle adresse. Pour les marchés aux puces, j’ai un certain faible pour le mobilier de la R.D.A et des années 70, des meubles qui ont une histoire. Il y a un antiquaire sous les rails entre Alexanderplatz et Jannowitzbrücke, où j’ai trouvé de véritables perles! La meilleure librairie de Berlin est sans hésiter Motto. Plus qu’une librairie, c’est un lieu très ouvert à toute la création contemporaine, qui soutient la scène émergente et offre à des jeunes artistes la possibilité d’y vendre leurs éditions. Mais ce que je retiens avant tout de Berlin c’est cette idée de se retrouver dans des lieux surprenants, dont on n’aurait même pas supposé l’existence. Pour moi il est important d’être capable de s’échapper du monde de l’art, d’aller voir ce qui se passe ailleurs, c’est pourquoi je n’ai pas vraiment d’adresse préférée, seulement de bons souvenirs dans des lieux très différents.

Tes projets pour 2012?
Je prépare actuellement un texte pour le catalogue d’un jeune artiste qui a réalisé une série de photographies dans des stades de football sur le fanatisme des supporters. C’est plutôt fascinant ! Je suis aussi en train de clore ma sélection d’artistes pour la prochaine édition de Twin Magazine. Et je prépare ma rentrée au Palais de Tokyo. J’espère trouver encore le temps de faire des expositions en indépendante. On m’a notamment proposée une exposition dans un sous-sol de parking à Paris, chose qui, évidemment, ne peut que me tenter et un projet est en discussion à Moscou !

Merci, Rebecca!
Pour plus d’informations, vous pouvez jeter un coup d’œil à son site Tumblr.

Interview: Chloé Stückelschweiger
Photographie: Philipp Langenheim
Traduction: Alice Salomon