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Mustapha Azeroual & Alix Curan
Photographer, House, Rosay, Seine-Maritime
Interviews > Mustapha Azeroual & Alix Curan

Débarquer sur le quai de Mantes la ville, à une heure de Paris, avec un train de la ligne J, il faut ensuite rouler une quinzaine de minutes pour arriver chez Alix Curan et Mustapha Azeroual. Durant le trajet, alors que la discussion portait sur des événements récents, il lance directement « je n’étais pas au courant. J’ai arrêté d’écouter les informations il y a deux mois. » Le rythme et la densité des nouvelles du monde, ne semblent avoir que peu de prise sur le rapport au temps imposé par le procédé de développement photographique au centre de la réflexion de Mustapha, la gomme bichromatée. Il évoque son parcours et l’intérêt qu’il porte à cette méthode, dont il découvre toujours les nombreuses possibilités au fil de ses essais.

Alors qu’il explique clairement sa méthode de travail, Alix le rejoint. De formation artistique, le hasard des choses, l’a menée à une carrière dans l’immobilier. Le parcours des deux ressemble étrangement à un miroir inversé. Avec d’un côté un ingénieur passé photographe autodidacte faisant fi de la barrière invisible des règles de l’histoire de l’art. De l’autre une peintre décoratrice en devenir, passionnée de brocante qui accompagne aujourd’hui des clients dans le maquis du droit immobilier. Ils trouvent leur équilibre à deux dans une maison qu’ils façonnent peu à peu à leur image.

This portrait is part of our ongoing collaboration with ZEIT Online who present a special curation of our pictures on their site.

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Quel a été ton itinéraire pour être aujourd’hui photographe indépendant ?

Mustapha: J’ai une formation scientifique et ai exercé pendant plusieurs années dans des bureaux d’études en tant que projeteur ou chargé de projet. La photographie était une passion. Certes je m’y suis mis « tard » mais je suis heureux d’en faire mon métier aujourd’hui.
C’est avec les membres du collectif atelier 22, qui m’ont épaulé, que j’ai appris les rudiments du travail de commande. J’ai fait de la photographie d’architecture, de décoration, de la pub, du studio. J’ai commencé à prendre des photos, il y a dix ans avec mon premier appareil. Quatre ans plus tard, je travaillais en tant qu’assistant pour atelier 22, j’apprenais sur le tas. Après une année d’assistanat, j’acceptais mes premières commandes que j’allie ponctuellement depuis avec mon travail personnel. Depuis 2012, les choses s’accélèrent pour moi, je suis représenté par une galerie à Beyrouth, et commence à participer à des foires internationales. L’objectif espéré étant de pouvoir me consacrer à mes recherches.

Comment as-tu commencé à travailler avec la gomme bichromatée?
Mustapha: C’est suite à une rencontre avec un photographe qui utilisait ce type de procédé de développement et le sténopé, que je m’y suis intéressé de plus près. J’étais attiré par l’argentique et lorsque j’ai découvert la gomme bichromatée, je suis resté interloqué par les possibilités qu’offrait le procédé. La capacité d’intervenir sur l’image, de la réinterpréter faisait écho à mon rapport à l’image. Je me lasse rapidement d’une image avec une lecture directe. Je privilégie l’abstraction en essayant d’oublier ce que j’ai vu dans le but de brouiller les pistes, d’être dans ce que je ne vois pas ou de faire apparaître des choses.

Qu’est ce exactement que le procédé de la gomme bichromatée ?

Mustapha: C’est une émulsion à base de pigments (ici de la poudre de graphite et du noir pour fresque), de gomme arabique (un liant) et de bichromate de potassium (rend la gomme sensible aux UV) qui est apposé sur le tirage papier. Il doit ensuite sécher dans le noir car l’émulsion est sensible à la lumière. Une fois sec on l’insole avec une lampe UV. La gomme bichromatée est un procédé très flexible qu’on peut tirer en une fois ou comme moi, en multi couches pour obtenir plus de nuances dans l’image.

Quel est ton processus de travail ? Comment imagines tu un nouveau projet ?

Mustapha: Mes projets se fondent essentiellement sur une réflexion en amont, avant toute prise de vue. Je pense mon image comme objet final modifié. Le procédé doit servir l’image avant tout et non l’inverse. Selon le projet, je m’orienterai alors vers différents procédés de développement mais toujours avec une prise de vue à l’argentique. La prise de vue est uniquement un motif à un moment. Ce ne sera qu’une étape du projet puisqu’après suivent les différents tirages et les altérations qu’ils engendrent.

Les « altérations » c’est cela que tu recherches ?

Est ce qu’on peut dire qu’au développement tu poursuis l’enregistrement de l’image ? Que l’image que tu as capturée en déclenchant n’est qu’une base de travail ?
Mustapha: Effectivement, cela fait complètement partie de mon processus de travail. Ce procédé est extrêmement riche au niveau de l’interprétation de l’image et des orientations qu’il est possible de lui donner. Plus l’image apparaît plus on s’éloigne de l’image initiale. Au fil des expositions du tirage, l’image s’érode et perd en détails.
Je choisis mon papier en fonction du rendu que je veux obtenir. J’aime l’aspect mat du papier et sa tenue au fil des différents lavages.

C’est très pratique d’avoir un laboratoire dans la maison. En avais-tu un précédemment ?

Mustapha: A vrai dire je n’en avais pas eu depuis un certain temps ! A Tours, ma ville natale, je n’avais pas de problème d’espace mais lorsque je me suis installé à Paris, les choses se sont compliquées. J’ai alors commencé une résidence à la Capsule au Bourget. La voûte transformée en laboratoire accueillait auparavant un bar d’amis « franco belges », la date du 16 août 1978 est même gravée dans la pierre. Mon laboratoire est pratique pour les petits tirages mais je me retrouve vite à l’étroit quand je passe sur des grands formats. Pour pouvoir développer mon projet, j’ai obtenu une résidence de deux ans à Mantes dans un centre culturel avec un local équipé.

Tu sembles très proactif dans le contact avec les galeries et le démarchage. Comment approches tu cet aspect «business» de ton travail, alors que tu côtoies cet univers que depuis peu ?

Mustapha: J’improvise un peu. J’ai compilé un book que j’ai envoyé à des galeries et ai réussi à obtenir plusieurs rendez-vous. Que ce soit pour contacter des lieux d’exposition ou pour trouver des commandes, le démarchage n’est pas quelque chose de naturel pour moi, j’y vais à tâtons et j’apprends en faisant. Je mène un travail de fond pour trouver des résidences et bourses de production, ce qui peut s’avérer compliqué avec mon parcours atypique, sans formation artistique dans mon cursus. Aujourd’hui avec des expériences d’expositions à mon actif, je me sens plus légitime dans ma démarche et confiant pour dépasser le cadre formel du cv.

Comment êtes vous arrivés à Rosay ?

Alix: Nous habitions ensemble dans le 11e arrondissement de Paris et voulions plus d’espace. Nous avons fait beaucoup de visites à Paris et petit à petit notre champ de recherche s’est agrandi vers l’Ouest parisien. J’ai grandi dans la région et la connais assez bien. La maison de Rosay est un hasard. Il y a trois ans, nous avons visité cette maison qui baignait dans son jus et n’était plus habitée depuis plusieurs années. Elle nous a plu car on y voyait un projet sur lequel on pouvait mettre notre touche. Elle a un charme avec un beau jardin, une cour sans vis-à-vis et une configuration avec différents niveaux de terrasses autour de la maison.

Comment l’avez vous imaginée quand vous vous êtes installés ?

Alix: En arrivant j’avais déjà beaucoup d’objets et de mobilier issus de mes trouvailles dans des brocantes, accumulées depuis une dizaine d’années ! (j’ai commencé à chiner vers l’âge de 15 ans) A Paris, nous avions peu de place donc peu de choses. En arrivant ici, j’ai pu (quasiment) tout sortir de mes cartons. Je tiens à chacun des objets que je chine, petit ou grand. Il faudrait sûrement que j’en vende quelques uns pour faire de la place.
Je n’ai jamais pensé la décoration en termes de style ou d’ensemble. Je m’entoure d’objets qui me plaisent. Je n’aime pas le total look avec uniquement des pièces d’une période. Je préfère mélanger des objets des années 1960 et 1980 pour qu’ils dialoguent. C’est ça l’esprit brocante. Je stocke des cartons chez mes parents et régulièrement j’en profite pour modifier la décoration, ajouter de nouvelles pièces ou les changer de place.

D’ou vient ton goût pour chiner dans les brocantes ? Y vas-tu régulièrement ?

Alix: C’est ma mère qui nous a souvent emmenées ma sœur et moi, chez les brocanteurs, à Emmaüs et nous a appris à retourner les pièces pour voir leur provenance. On partage maintenant cette passion toutes les trois. Il y a peu, ma mère à découvert internet et ebay. Depuis, elle y passe beaucoup de temps et fréquente moins les brocantes. Elle aurait pu être décoratrice car elle a un vrai sens des couleurs, des matières et une fibre artistique. Elle nous a transmis cette sensibilité.
Pendant un an en arrivant dans la maison, nous faisions au moins deux brocantes par week-end dans les environs. Mes parents ont une maison dans les Vosges alors quand on leur rend visite, c’est aussi une occasion de faire les brocantes. En ce moment j’y vais le week-end lorsque j’en ai l’occasion.

Est ce que tu y vas avec une idée précise en tête ?

Alix:Pas du tout. J’essaie d’apprécier les objets que je découvre. Lorsque c’est un nouvel objet, je l’imagine avec d’autres pour faire des ensembles. Il y a beaucoup de séries ou collections dans la maison.

Partagez vous les mêmes goûts en matière de décoration ? Ou l’un de vous deux laisse t-il plus sa patte sur l’intérieur de la maison ?

Alix: Au début Mustapha ne chinait pas. Maintenant on y va ensemble, on recherche chacun de notre coté puis à la fin de notre tour, on partage ce qui nous a plu pour décider ce qu’on achète.
Mustapha: j’ai même osé lui offrir une pièce que j’avais trouvée !

Alix tu parlais de fibre artistique. Tu l’as développée avec tes études mais comment s’est profilé le changement de voie entre l’école d’art et ta carrière actuelle ?

Alix: J’ai effectivement fait un bac arts appliqués, suivi d’un cursus à Penninghen et une formation de peinture décorative. C’était une formation extrêmement passionnante pendant laquelle je me suis intéressée au faux bois et au marbre. Mais une fois les études terminées, je ne savais pas comment j’allais mettre à profit ce savoir…Les choses se sont faites par hasard. Je ne saurais pas vraiment l’expliquer, c’est un peu comme pour mes objets, je me sens angoissée à l’idée d’en parler. C’est un univers personnel et mettre des mots dessus me stresse. Après mes études, j’avais envie de travailler et d’être indépendante rapidement. J’ai commencé avec mes parents qui avaient une agence immobilière en attendant de trouver des chantiers de peinture. Au final, je me suis prise au jeu, et depuis 6 ans je suis dans l’immobilier.

Est ce que vous échangez avec Mustapha sur des points de vue créatifs ?

Alix: J’envie beaucoup Mustapha car en tant qu’autodidacte il a une vision plus détachée de l’histoire de l’art et des conventions. Ma formation me permet certes d’analyser des œuvres mais elle a créé chez moi la sensation d’être bridée, alors que mes thèmes de travail tournaient souvent autour de l’essai, la recherche, le travail non fini et sa portée.
Mustapha: Mais grâce à ça, je te demande souvent ton avis !
Tu as une vision très précise et directe des choses. Tu arrives à cibler ce qui ne fonctionne pas dans une image, une composition et ton avis me permet souvent d’avancer !

Merci Mustapha et Alix pour ce sympathique après-midi dans votre charmante maison en dehors de la ville. Vous pouvez retrouver les photos de Mustapha sur son website.

Photographie: Fred Lahache
Interview & Texte: Léa Munsch